Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 10.djvu/448

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des collections, des bibliothèques des courtisans qui logeaient au château, flamboyaient dans le Carrousel. Des députations de l’Assemblée et de la commune préservèrent avec peine le Louvre et les Tuileries. Il semblait au peuple que ce palais laissé debout rappellerait tôt ou tard la tyrannie. C’était un remords de sa servitude qui s’élèverait devant lui. Il voulait l’effacer, pour qu’une royauté nouvelle n’eût pas une pierre d’attente dans la ville de la liberté. Ne pouvant incendier les pierres, il se vengea sur les hommes. Tous les citoyens d’un attachement notoire à la cour ou suspects d’attendrissement sur la chute du roi qui furent rencontrés et reconnus tombèrent sous ses coups. La plus innocente et la plus illustre de ces victimes fut M. de Clermont-Tonnerre.

Un des premiers apôtres de la réforme politique, aristocrate populaire, orateur éloquent de l’Assemblée constituante, il ne s’était arrêté dans la révolution qu’aux limites de la monarchie. Il voulait cet équilibre des trois pouvoirs qu’il croyait voir réalisé dans la constitution britannique. La Révolution, qui voulait non balancer, mais déplacer les pouvoirs, l’avait répudié, comme elle avait dépassé Mounier, Malouet, Mirabeau lui-même. Elle le haïssait d’autant plus qu’elle avait plus espéré en lui. Quand les principes deviennent fureur, la modération devient trahison. M. de Clermont-Tonnerre fut accusé dans la matinée du 10 août d’avoir un dépôt d’armes dans son hôtel. Un attroupement entoura sa maison et le conduisit à la section de la Croix-Rouge pour rendre compte des piéges qu’il tendait au peuple. Son hôtel, visité par la populace, le disculpa. Le peuple, détrompé par la voix d’un honnête homme, passe aisément de l’injustice à la faveur ; il applaudit l’accusé et