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RAPHAËL

Cette maison, tenue par un bon vieux médecin retiré et par sa femme, ne se rattachait à la ville que par un étroit sentier qui montait entre les ruisseaux des fontaines chaudes. Le derrière de la maison donnait sur un jardin entouré de portiques, de treilles. Au delà, des prés en pente et des futaies de châtaigniers et de noyers conduisaient aux montagnes par des pelouses et par des ravins ; on était sûr de n’y rencontrer que des chèvres. Louis m’avait promis de venir s’établir avec moi à Aix, aussitôt qu’il aurait arrangé quelques affaires qui le retenaient à Chambéry, après la mort de sa mère. Sa présence devait m’être douce, car son âme et la mienne se comprenaient par leur désenchantement. Souffrir de même, c’est bien mieux que jouir de même. La douleur a bien d’autres étreintes que le bonheur pour resserrer deux cœurs. Louis était en ce moment le seul être dont le contact ne me fut pas douloureux. Je l’attendais sans impatience.

VIII

Je fus reçu avec grâce et bonté dans la maison du vieux médecin. On me donna une chambre dont la fenêtre ouvrait sur le jardin et sur la campagne. Presque toutes les autres chambres étaient vides. La longue table d’hôte tenue par la famille était déserte aussi. Elle ne réunissait plus à l’heure des repas que les gens de la maison et trois ou quatre malades attardés de Chambéry et de Turin. Ces malades arrivaient aux bains après la foule pour y trouver les logements moins chers et une vie économique conforme a leur pauvreté. Il n’y avait là personne avec qui je pusse m’entretenir ou contracter quelque familiarité de hasard.

Le vieux médecin et sa femme le sentaient bien. Aussi