Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
204
RAPHAËL

entraînent tout dans leur sphère d’attraction sans y penser, sans le vouloir, sans le savoir même. On dirait que certaines natures ont un système, comme les astres, et qu’elles font graviter autour d’elles les regards, les âmes et les pensées de leurs satellites. La beauté physique ou morale est leur puissance, la fascination est leur chaîne, l’amour est leur émanation. On les suit à travers la terre et jusqu’au ciel, où elles se perdent jeunes ; quand elles ont disparu, l’œil reste comme aveugle d’éblouissement. On ne regarde plus, ou l’on ne voit plus rien. Le vulgaire même sent ces êtres supérieurs a je ne sais quels signes. Il les admire sans les comprendre, comme les aveugles de naissance qui sentent les rayons sans voir le soleil.

XVI

J’appris ainsi que cette jeune femme habitait Paris ; son mari était un vieillard illustre au dernier siècle par des travaux qui avaient fait date dans les découvertes de l’esprit humain. Il avait adopté cette jeune fille dont la beauté et l’esprit l’avaient frappé, afin de lui laisser après sa mort son nom et ses biens. Elle l’aimait comme un père. Elle lui écrivait tous les jours des lettres qui étaient le journal de son âme et de ses impressions. Elle était tombée depuis deux ans dans une langueur qui avait alarmé son mari. On lui avait ordonné le changement d’air et les voyages au Midi ; les infirmités du vieillard l’empêchant de la suivre, il l’avait confiée à une famille de Lausanne avec laquelle elle avait parcouru la Suisse et l’Italie. Enfin le changement de climat n’ayant pas suffi à rétablir ses forces, un médecin de Genève, craignant une maladie de cœur, l’avait amenée aux eaux d’Aix ; il devait venir la reprendre