Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/212

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RAPHAËL

XX

Les premières lueurs du crépuscule du matin commençaient à filtrer à travers les fentes des volets de la lucarne. Je l’ouvris, espérant que l’air vif, matinal et balsamique du lac et des montagnes, et peut-être aussi le premier rayon du soleil, qui réveillait toute la nature, feraient sentir leur influence sur cette vie que j’aurais déjà voulu réveiller au prix de la mienne. Un air frais et presque glacial se répandit dans la chambre et souffla la lampe à demi consumée. Mais la couche resta sans mouvement. J’entendis les pauvres femmes qui priaient ensemble en bas, avant de commencer leur journée. L’idée de prier aussi me vint au cœur, comme elle vient à toute âme qui a besoin qu’une force mystérieuse et surhumaine se surajoute a l’impuissante tension de ses désirs. Je me mis a genoux sur le plancher, les mains jointes sur le bord du lit, les regards fixés sur le visage de la jeune femme. Je priai longtemps, ardemment, jusqu’aux larmes. J’aurais passé des heures ainsi sans m’apercevoir de la durée du temps et sans sentir la douleur de mes genoux sur la pierre, tant mon âme était absorbée dans la prière. Tout à coup, en passant machinalement la main sur mes yeux pour les essuyer, je sentis une main qui touchait la mienne et qui retombait doucement sur ma tête, comme pour écarter mes cheveux, dévoiler mon visage et me bénir. Je poussai un cri, je regardai, je vis les yeux de la malade se rouvrir, sa bouche respirer et sourire, son bras se tendre vers moi pour saisir ma main, et j’entendis ces mots : « Ô mon Dieu ! je vous remercie. J’ai donc un frère ! »......