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RAPHAËL

d’un songe à une réalité ne fut si rapide et si visible sur un visage. Étonnement, langueur, ivresse, repos, mélancolie et joie, timidité et abandon, grâce et retenue, tout se peignit à la fois sur ses traits rafraîchis par le réveil, colorés par la jeunesse. Son rayonnement éclairait l’alcôve sombre autant que la lueur du matin. Il y eut plus de paroles, plus de révélations, plus de confidences dans ce visage et dans ce silence que dans des millions de mots. Le visage humain, dans la jeunesse, est un clavier que la passion parcourt d’un regard. La physionomie transmet de l’âme à l’âme des mystères d’intimité muette qui n’ont leur traduction dans aucun langage d’ici-bas.

La mienne aussi sans doute révélait un ami au regard qui se reposait avec tant d’avidité sur mes traits. Mes habits encore humides, les touffes brunes de mes longs cheveux labourées pendant la nuit par mes mains, mon cou dont la cravate était lâche et dénouée, mes yeux cernés et humides, mon teint pâli par l’insomnie ou par l’émotion, l’enthousiasme presque religieux qui m’inclinait devant cette femme souffrante ; l’inquiétude, la joie, la surprise, le demi-jour de cette chambre nue, au milieu de laquelle je restais debout sans oser faire un pas, comme si j’eusse craint de faire évanouir l’enchantement : tout devait donner a ma figure une puissance d’expression passionnée que sans doute elle ne retrouverait pas une seconde fois.

XXII

Ne pouvant plus supporter le contre-coup de ces émotions et le frisson intérieur de ce silence, j’appelai les femmes. Elles montèrent. Elles se répandirent en cris de surprise en voyant cette résurrection, qui leur paraissait un