Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/229

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RAPHAËL

je voudrais l’obtenir. Mais pour cela, ajouta-t-il plus timidement, il faudrait que vous eussiez le courage d’accepter aux yeux du monde, et pour le monde seulement, le nom, la main, l’attachement d’un vieillard qui ne serait pour vous qu’un père, et qui ne demanderait à son titre d’époux que le droit de vous recevoir dans sa maison et de vous chérir comme son enfant ! »

» Il se tut, et se retira en refusant de recevoir, ce jour-là, une réponse ; cette réponse était déjà sur mes lèvres. C’était le seul homme qui eût montré pour moi, parmi les visiteurs de la maison, un autre sentiment que cette admiration banale et presque insolente qui se trahit par des regards et par des exclamations et qui est autant une offense qu’un hommage à l’innocence et à la timidité. Je ne connaissais pas l’amour ; je ne sentais en moi que le vide de tous les attachements de famille ; il me semblait doux de les retrouver auprès d’un père dont le cœur m’avait si généreusement adoptée. Je trouvais un asile honorable et sur contre l’incertitude de l’existence ou j’allais être jetée dans quelques mois, un nom qui répandrait un prestige sur la femme dont ce nom devenait le diadème ; des cheveux blanchis, mais blanchis sous la renommée qui rajeunit tous les jours ses élus ; des années qui auraient presque égalé cinq fois le nombre des miennes, mais des traits purs et nobles qui inspiraient le respect du temps sans les dégoûts de la vieillesse ; un visage enfin où le génie et la bonté, ces deux beautés de l’âge, attiraient même l’œil et l’affection des enfants…

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