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RAPHAËL

gez que c’est à vous de me fermer les yeux ! Rajeunissez ! vivez à tout prix, pour que je n’aie pas à vous survivre ! »

» Il faisait appeler médecin sur médecin ; tous, après m’avoir fatiguée de questions, s’accordèrent à dire que j’étais menacée de spasmes au cœur. Les premiers développements de cette maladie s’étaient révélés. Il me fallait, disaient-ils, un long déplacement de mes habitudes sédentaires, un changement complet d’air et de ciel pour rendre a ma nature tropicale, mais refroidie sous ces brumes de Paris, l’expansion et l’énergie dont elle avait besoin pour revivre. Mon mari n’hésita pas à sacrifier à l’espoir de me conserver la joie de m’avoir sans cesse à côté de lui. Ne pouvant, à cause de son âge et de ses fonctions, m’accompagner, il me confia à une famille étrangère qui conduisait deux filles à peu près de mon âge en Italie et en Suisse. J’ai voyagé deux ans avec cette famille ; j’ai vu ces montagnes et ces mers qui m’ont rappelé celles de mon enfance ; j’ai respiré ces airs tièdes et énergiques des vagues et des glaciers : rien n’a pu me rendre cette jeunesse, flétrie dans mon cœur, bien que sur ma figure elle trompe encore quelquefois mes propres yeux. Les médecins de Genève m’ont envoyée ici pour dernière tentative de leur art. Ils m’ont ordonné d’y prolonger mon séjour tant qu’il y aurait un rayon de soleil dans ce ciel d’automne ; après quoi j’irai rejoindre mon mari. Hélas ! j’aurais tant aimé à lui montrer sa fille guérie, rajeunie, rayonnante d’avenir, à mon retour. Mais, je le sens, je ne reviendrai que pour attrister ses derniers jours et peut-être pour m’éteindre dans ses bras !

» C’est égal, reprit-elle avec une résignation qui avait presque l’accent de la joie, je ne quitterai plus désormais la terre sans avoir entrevu ce frère de l’âme qu’un pressentiment m’avait fait rêver en vain jusqu’à ce jour, et dont