Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/242

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
241
RAPHAËL

pas, je ne lui disais rien ; mais je sentais tout le poids de son corps suspendu avec confiance à mon bras, mais je sentais ses deux mains froides entourer la mienne, et de temps en temps une involontaire étreinte, une haleine plus chaude sur mes doigts, me faisaient comprendre qu’elle avait approché ses lèvres de mes mains pour les réchauffer. Non, jamais de pareils silences ne continrent de si intimes épanchements. Quand nous arrivâmes à la maison du vieux médecin et que nous déposâmes la malade sur le seuil de sa chambre, je sentis ma main toute trempée de ses larmes ; je l’essuyai sur mes lèvres et j’allai me jeter tout habillé sur mon lit.


XXXVIII

J’eus beau me tourner et me retourner sur mon oreiller, je ne pus pas dormir. Les mille circonstances de ces deux journées se reproduisaient dans mon esprit avec une telle force, que je ne pouvais croire qu’elles fussent finies ; je revoyais et j’entendais tout ce que j’avais vu et entendu la veille. La fièvre de mon âme s’était communiquée à mes tempes. Je me levai, me recouchai vingt fois sans pouvoir trouver le calme. À la fin, j’y renonçai. Je cherchai par l’agitation de mes pas à tromper l’agitation de mes pensées. J’ouvris la fenêtre, je feuilletai des livres sans les comprendre, je marchai rapidement dans ma chambre, je déplaçai et replaçai ma table et ma chaise pour trouver une bonne place et pour achever la nuit assis ou debout. Tout ce bruit se fit entendre au salon voisin. Mes pas troublèrent la pauvre malade, qui peut-être ne dormait pas plus que moi. J’entendis des pas légers craquer sur le parquet et s’approcher de la porte de chêne fermée à deux