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RAPHAËL


XXXVII

Nous arrivâmes au petit môle du Pertuis, qui s’avance dans le lac, et ou l’on amarre les bateaux ; c’est le port d’Aix ; il est situé à une demi-lieue de la ville. Il était plus de minuit. Il n’y avait plus sur le môle ni voitures ni ânes pour ramener les étrangers à la ville. La route était trop longue pour permettre à une femme souffrante de faire le trajet à pied !

Après avoir vainement frappé aux portes de deux ou trois chaumières voisines, les bateliers proposèrent de porter la dame jusqu’à Aix. Ils enlevèrent gaiement leurs avirons des anneaux qui les attachaient au bordage, ils les lièrent ensemble avec les cordes de leurs filets, ils posèrent un des coussins du bateau sur ces cordes, ils formèrent ainsi un brancard souple et flottant sur lequel ils firent coucher l’étrangère. Puis, quatre d’entre eux élevant chacun sur son épaule une des extrémités des avirons, ils se mirent en route, sans imprimer au palanquin d’autre balancement que celui de leurs pas.

J’avais voulu leur disputer la joie de porter une part de ce doux fardeau, mais ils m’avaient repoussé avec un jaloux empressement. Je marchais à côté du brancard ; ma main droite dans les mains de la malade pour qu’elle pût s’appuyer et se retenir à, moi dans les inégalités de la marche. Je l’empêchais de glisser de l’étroit coussin sur lequel elle était étendue. Nous marchâmes ainsi en silence et lentement, à la clarté de la pleine lune, sous la longue avenue des peupliers. Oh ! qu’elle me parut courte cette avenue ! et que j’aurais voulu qu’elle me conduisit ainsi jusqu’au dernier pas de nos deux vies ! Elle ne me parlait