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RAPHAËL

l’avoir touchée. J’aurais voulu recueillir, pour le séparer à jamais des vagues de l’air, l’air qu’elle avait divinisé à mes yeux en le respirant ; j’aurais voulu encadrer jusqu’à la place vide qu’elle venait de quitter dans l’espace, pour qu’aucune créature inférieure ne l’occupât plus jamais. Enfin, je voyais, je sentais, j’adorais tout, et Dieu lui-même, à travers cette divinité de ma contemplation. Si la vie durait dans un pareil état de l’âme, la nature s’arrêterait, le sang cesserait de circuler, le cœur oublierait de battre, ou plutôt il n’y aurait plus ni mouvement, ni ralentissement, ni lassitude, ni précipitation, ni mort, ni vie, dans nos sens ; il n’y aurait plus qu’une éternelle absorption de tout notre être dans un autre être. Cet état doit ressembler à l’état de l’âme à la fois anéantie et vivante en Dieu.

XLVI

Quel bonheur ! les vils désirs de la passion s’étaient anéantis (puisqu’elle l’avait voulu) dans la pleine possession de l’âme seule. Ce bonheur me rendait, comme il fait toujours, meilleur et plus pieux que je l’eusse jamais été. Dieu et elle se confondaient si complètement dans mon esprit, que l’adoration où je vivais d’elle devenait aussi une perpétuelle adoration de l’Être divin qui l’avait créée. Je n’étais qu’un hymne et il n’y avait que deux noms dans mon hymne : Dieu et elle.

Nos conversations, le jour, quand nous nous arrêtions pour regarder, pour respirer, pour admirer, sur les versants de la montagne, sur les bords du lac ou sur quelque racine de châtaignier, au bord des pelouses inondées de soleil, se portaient souvent, par ce débordement naturel