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RAPHAËL

deux faiblesses de l’intelligence : le mystère et la prière. Il n’y a point de mystère, affirma-t-elle d’une voix plus solennelle ; il n’y a que la raison, qui dissipe tout mystère. C’est l’homme fourbe ou crédule qui a inventé le mystère ; c’est Dieu qui a fait la raison. Et il n’y a point de prière, poursuivit-elle plus tristement ; car dans une loi inflexible il n’y a rien à fléchir, et dans une loi nécessaire il n’y a rien à changer. Les anciens, dans leur ignorance populaire, sous laquelle se cachait une profonde sagesse, le savaient bien, ajouta-t-elle encore, car ils priaient tous les dieux de leur invention, mais ils ne priaient pas la loi suprême : le Destin. »

Elle se tut.

« Il me semble, lui dis-je après un long silence, que les maîtres qui vous ont appris cette sagesse ont, dans leurs théories des rapports de l’homme avec Dieu, trop subordonné l’être sensible à l’être pensant ; en un mot, qu’ils ont oublié de l’homme, le cœur, cet organe de tout amour, comme l’intelligence est l’organe de toute pensée. Les imaginations que l’homme s’est faites de Dieu peuvent être puériles et fausses. Ses instincts, toutefois, qui sont sa loi non écrite, doivent être vrais. Sans cela la nature aurait menti en le créant. Vous ne croyez pas que la nature soit un mensonge, ajoutai-je en souriant, vous qui disiez tout et l’heure que la vérité était peut-être la seule vertu ? Or, quel qu’ait été le but de Dieu en donnant ces deux instincts, le mystère et la prière, au cœur de l’homme ; qu’il ait voulu lui révéler par là que lui, Dieu, est l’incompréhensible, et que le mystère est son vrai nom ; ou qu’il ait voulu que toutes les créatures lui rendissent l’honneur et la bénédiction, et que la prière fût l’encens universel de la nature, toujours est-il que l’homme porte en soi ces deux instincts quand il pense à Dieu, le mystère et l’adoration. Le mystère ? poursuivis-je, c’est