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RAPHAËL

adieux des deux amants, la conformité de notre situation avec la tristesse désespérée des notes de la ballade dans sa voix l’émut tellement qu’elle fondit en larmes avec nous. Elle jeta un châle noir qu’elle portait, ce jour-là, comme un voile, sur sa figure. Je la vis longtemps sangloter sous le châle. Au dernier relais, elle eut un évanouissement qui dura jusqu’à la porte de l’hôtel ou nous descendîmes à Lyon. Nous aidâmes sa femme de chambre à la porter sur son lit ; elle se remit dans la soirée. Nous continuâmes, le jour suivant, notre route jusqu’à Mâcon.

LXIII

C’était là que nous devions nous séparer tout à fait. Nous donnâmes, mon ami et moi, nos instructions à son courrier. Nous précipitâmes les adieux, de peur d’aggraver son mal en prolongeant des émotions douloureuses, comme on déchire vite une blessure dont on ne veut pas entendre le cri. Mon ami partit pour la campagne de mon père, je devais le suivre le lendemain.

Cependant à peine Louis était-il parti, que je me sentis hors d’état de tenir la parole que je lui avais donnée.

L’idée de laisser Julie en larmes, et poursuivant une longue route d’hiver, aux soins de deux domestiques, sans savoir si elle ne tomberait pas malade, isolée dans quelque auberge, et si elle ne mourrait pas en m’appelant en vain, m’empêcha de prendre aucun repos. Je n’avais plus d’argent. Je pris ma montre, une chaîne d’or qui m’avait été donnée, trois ans auparavant, par une amie de ma mère, quelques bijoux, mes épaulettes, mon sabre, les galons d’argent de mon uniforme, je pliai le tout dans mon manteau, et j’allai chez le bijoutier de ma