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RAPHAËL

l’oreille ni par l’œil la distance entre les deux calèches.

Tout à coup j’aperçus devant moi, sous la tête de mes chevaux, la voiture de Julie arrêtée au milieu de la route. Le courrier, descendu de son siège, était debout sur le marchepied, jetant des cris et faisant des gestes de détresse. Je sautai à terre, je volai à la portière d’un premier mouvement plus fort que ma prudence, je m’élançai dans la voiture ; la femme de chambre s’efforçait de rappeler sa maîtresse d’un évanouissement causé par la fatigue et par l’ouragan, peut-être aussi par le tumulte de son cœur. Ce que j’éprouvai en soutenant ainsi entre mes bras cette tête adorée, toute une longue heure, désirant et tremblant à la fois qu’elle entendit et qu’elle ne reconnût pas ma voix ; pendant que le courrier allait chercher du feu et de l’eau chaude dans des chaumières éloignées, et que la femme de chambre, tenant sur ses genoux les pieds glacés de sa maîtresse, les frottait avec ses mains et les pressait contre sa poitrine pour les réchauffer, nul ne peut le concevoir ni le dire, à moins d’avoir senti la mort et la vie se combattre ainsi dans son cœur.

À la fin, ces tendres soins, l’impression de mes mains sur ses mains, de mon souffle sur son front, rappelèrent la chaleur aux extrémités. Les couleurs qui remontaient sur ses joues et un faible et long soupir qui s’échappait de ses lèvres m’annoncèrent qu’elle allait se réveiller de son évanouissement. Je m’élançai de la voiture sur le grand chemin, pour ne pas être reconnu quand elle ouvrirait les yeux.

Je restai la un moment près des roues, un peu en arrière, le visage enveloppé dans mon manteau. Je recommandai aux domestiques le silence sur mon apparition. Ils me firent signe que la voyageuse revenait tout à fait à elle. J’entendis sa voix qui balbutiait, en s’éveillant, ces mots, comme dans un rêve : « Oh ! si Raphaël était là ! J’ai cru que