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RAPHAËL

c’était Raphaël l » Je m’élançai dans ma voiture. Les chevaux repartirent ; une longue distance nous sépara bientôt. J’allai, le soir, à l’auberge où elle était descendue à Sens, m’informer de son état. Le courrier m’assura qu’elle était rétablie et qu’elle dormait paisiblement.

LXVI

Je suivis encore sa trace jusqu’à Fossard, relais de poste auprès de la petite ville de Montereau. En cet endroit la route de Sens à Paris se bifurque, l’une passant par Fontainebleau, l’autre par Melun. Cette dernière branche de la route étant plus courte de quelques lieues, je la pris, afin de devancer de quelques moments Julie à Paris, et de la voir descendre de voiturer à la porte de sa demeure. Je doublai les guides des postillons, et j’arrivai, longtemps avant la nuit, à l’hôtel où j’avais coutume de loger à Paris.

À la nuit tombante, j’allai me poster sur un des quais, en face de cette maison de Julie qu’elle m’avait si souvent décrite ; je la reconnus comme si j’y avais passé ma vie. Je vis dans l’intérieur, à travers les vitres, ce mouvement d’ombres qui vont et viennent dans une maison où l’on attend quelque hôte inaccoutumé. J’aperçus dans sa chambre, au plafond, la réverbération du feu allumé dans le foyer. Une figure de vieillard s’approcha plusieurs fois d’une fenêtre ; il paraissait regarder et écouter les bruits du quai. C’était son mari, son père. Le concierge tenait la porte ouverte ; il s’avançait de temps en temps hors du seuil, pour regarder et pour écouter aussi. Un réverbère, ballotté par le vent orageux de décembre, jetait et retirait tour à tour une lueur rapide et pâle sur le pavé.

À la fin, une voiture de poste déboucha rapidement