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RAPHAËL

qu’ils ont l’air de se répandre en enseignant, et de donner au lieu d’imposer. On apprenait mieux l’Europe dans une conversation de quelques matinées avec cet homme charmant que dans une bibliothèque de diplomatie. Il avait le tact, ce génie inné des négociations. Je lui dois le goût de ces hautes affaires, qu’il remuait en sentant leur importance, mais sans paraître en sentir le poids. Sa force rendait tout léger, sa facilité donnait du cœur et de la grâce aux affaires. Il entretint en moi le désir d’entrer dans la carrière diplomatique. Il m’introduisit lui-même chez M. d’Hauterive, directeur des archives, l’autorisa à m’ouvrir les recueils de nos négociations. M. d’Hauterive, vieillard blanchi sur les dépêches, était la tradition immuable et le dogme vivant de notre diplomatie. Avec sa taille imposante, sa voix sourde, ses cheveux touffus et poudrés, ses longs sourcils retombant sur un œil profond et vif, il avait l’air d’un siècle qui parlait.

Il me reçut en père, heureux de me transmettre l’héritage de ses vieilles économies de science. Il me fit lire, compulser, travailler et noter sous ses yeux, dans son cabinet. Deux fois par semaine j’allais étudier quelques heures sous sa direction. J’aime le souvenir de cette verte et prodigue vieillesse qui se donnait ainsi à un jeune homme dont il ne savait pas même le nom auparavant. M. d’Hauterive mourut pendant le combat de juillet 1830, et au bruit du canon qui déchirait la politique de la maison de Bourbon a laquelle il avait consacré sa vie.

XCIX

Telles étaient les occupations toutes studieuses et toutes recueillies de mes journées. Je ne désirais rien de plus ;