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RAPHAËL

de Paris. Toutes ces autres illuminations disparaissaient pour moi. Il n’y avait plus d’autres clartés sur la terre, plus d’autre étoile dans le firmament, que cette petite fenêtre semblable à un œil ouvert sur moi pour me chercher dans l’ombre, et vers laquelle mes yeux, ma pensée, mon âme, étaient sans cesse et uniquement tendus ? Ô puissance incompréhensible de cette nature infinie de l’homme qui peut remplir les espaces de mille univers et les trouver encore trop étroits pour son universalité ! et qui peut se concentrer dans un seul petit point lumineux brillant à travers la brume d’un fleuve, parmi l’océan de feux d’une ville immense, et trouver son infini de désirs, de sentiments, d’intelligence et d’amour dans cette seule étincelle qui ne rivaliserait qu’a peine avec le ver luisant d’une nuit d’été !

CIII

Que de fois ne me suis-je pas dit cela alors, en marchant, enveloppé jusqu’aux yeux, sur mon pont obscur ! Que de fois ne me suis-je pas écrié en regardant cette petite lueur scintillant dans le lointain : « Mon Dieu, soufflez sur toutes les clartés de la terre, éteignez tous ces globes lumineux du firmament, mais laissez luire éternellement cette petite clarté, étoile mystérieuse de deux vies ; et cette lueur éclairera assez tous les mondes, et suffira, pendant votre éternité, à mes yeux ! »

Hélas ! je l’ai vue depuis s’éteindre, cette étoile de ma jeunesse, ce foyer de mes regards et de mon cœur. J’ai vu les volets de la fenêtre rester de longues années fermés sur la funèbre obscurité de la petite chambre. Puis je les ai vus se rouvrir un jour, une année. Puis j’ai osé regarder pour savoir qui osait vivre où elle avait vécu. Puis j’ai vu pa-