Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/329

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RAPHAËL

raître, les jours d’été, au bord de cette fenêtre inondée de soleil et parée de vases de fleurs, une jeune femme inconnue jouant et souriant avec un enfant nouveau-né, sans se douter qu’elle jouait sur un sépulcre, que ses sourires devenaient des larmes dans les yeux d’un passant, et que cette vie était une ironie de la mort !… Puis je suis revenu souvent, dans la nuit, et j’y reviens maintenant toutes les années encore, m’approcher à pas craintifs de ce mur, toucher cette porte, m’asseoir sur ce banc de pierre, regarder les lueurs, écouter les bruits qui se font la-haut, et me figurer un moment que je vois le reflet de sa lampe, que j’entends le timbre de sa voix, que je vais frapper à, la porte, qu’elle m’attend, et que je vais monter !… Ô mémoire ! es-tu un bienfait du ciel ou un supplice de l’enfer ?

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Maintenant j’y pense quand je vois un cierge sur un cercueil !…

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CIV

Julie, le lendemain de mon arrivée, m’avait présenté au vieillard qui lui servait de père, et dont elle illuminait les derniers jours comme une fille bien-aimée. Il m’avait reçu comme un second fils. Il connaissait par elle notre rencontre en Savoie, notre attachement fraternel l’un pour l’autre, et cette parenté de nos deux âmes révélée par la conformité de nos instincts, de nos âges et de nos sentiments. Il n’avait d’inquiétude et de jalousie que pour le bonheur, la renommée et la vie de sa pupille. Il craignait seulement qu’elle n’eût été séduite ou trompée par ces pre-