Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/335

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
334
RAPHAËL

et de l’éloquence antiques que j’aie jamais vénéré dans nos temps modernes : Romain de cœur, de langue et d’extérieur, à qui il ne manquait du Romain que la toge pour être le Caton de son temps. Je m’attachai d’une admiration et d’un respect plus tendre à cette incarnation d’un grand citoyen. M. Lainé me distingua lui-même par quelques regards et par quelques mots de prédilection. Il fut depuis mon maître. Si j’avais un jour une patrie à servir et une tribune a remplir, le souvenir de son patriotisme et de son éloquence poserait devant moi, comme un modèle, non à égaler jamais, mais à imiter de loin.

CIX

Ces hommes éminents se succédaient autour de la petite table à ouvrage. Julie était à demi couchée sur son canapé. Je me tenais respectueux et silencieux dans le coin de la chambre, loin d’elle, écoutant, réfléchissant, admirant ou désapprouvant en moi-même, mais ouvrant rarement les lèvres, à moins d’être interrogé, et ne mêlant que quelques mots timides et réservés, à demi-voix, à ces conversations.

J’ai toujours eu avec des convictions très-fortes un extrême embarras à les énoncer devant ces hommes. Ils me semblaient infiniment supérieurs à moi en âge et en autorité. Le respect pour le temps, pour le génie et pour la renommée, fait partie de ma nature. Un rayon de gloire m’éblouit. Les cheveux blancs m’imposent. Un nom illustre m’incline volontairement. J’ai perdu bien souvent de ma valeur réelle à cette timidité, jamais néanmoins je ne l’ai regretté. Ce sentiment de la supériorité des autres est bon dans la jeunesse et dans tous les âges. Il élève le type auquel on veut aspirer. La confiance en soi-même est une