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RAPHAËL


CXXI

Le printemps, qui rendait la limpidité au ciel et la séve aux plantes, rendait aussi une jeunesse plus palpitante et plus pleine au cœur de Julie. Les teintes de ses joues étaient plus vives, les rayons de ses yeux plus bleus et plus pénétrants. Sa parole avait plus d’émotion dans l’accent ; sa langueur avait plus de soupirs ; sa démarche, plus d’élans et d’enfance dans les attitudes. Une fièvre de vie l’agitait jusque dans l’immobilité de sa chambre. Cette douce fièvre pressait les paroles sur ses lèvres ; elle donnait des inquiétudes à ses pieds sur le parquet. Le soir Julie laissait ses rideaux ouverts, elle allait à chaque instant s’accouder à sa fenêtre pour aspirer la fraîcheur de l’eau, les rayons de la lune, les bouffées d’air végétal qui, en suivant la vallée de Meudon, arrivaient attiédies jusque dans les appartements du quai.

« Oh ! donnons, lui dis-je, quelques jours de fête à nos âmes, au milieu de tous nos jours de bonheur 1 Nous, les plus sensibles et les plus reconnaissants de tous ces êtres pour lesquels Dieu ranime sa terre et ses cieux, ne soyons pas les seuls pour lesquels il les ranime en vain. Plongeons-nous ensemble dans cet air, dans ces lueurs, dans ces herbes, dans ces rameaux, dans cet océan de végétation et d’animation qui inonde en ce moment la terre ! Allons voir si rien n’a vieilli d’un jour, dans les œuvres de sa création, si rien n’a baissé d’une onde ou d’une note dans cet enthousiasme qui chantait, gémissait, aimait et criait en nous sur les montagnes ou sur les vagues de notre Savoie !

» — Oh oui ! allons, dit-elle. Nous ne sentirons pas plus,