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RAPHAËL

nous n’aimerons pas mieux, nous ne bénirons pas autrement ; mais nous aurons rendu un coin de la terre de plus témoin du bonheur de deux pauvres êtres. Ce temple de notre amour qui n’était que sur ces montagnes tant aimées sera partout où j’aurai marché et respiré avec vous ! »


CXXII

Le vieillard encouragea ces courses dans les belles forêts autour de Paris. Il avait l’espoir, entretenu par les médecins, que l’air végétal, le contact du soleil qui vivifie tout, et un exercice modéré en pleins champs, raffermiraient la délicatesse maladive des nerfs de Julie, et donneraient de l’élasticité à son cœur.

Tous les jours de soleil, pendant cinq semaines du premier printemps, je venais la prendre à sa porte, au milieu du jour. La voiture dans laquelle nous montions était fermée, afin d’éviter les regards et les observations légères que les passants de sa connaissance ou les inconnus auraient pu faire, en voyant une si ravissante jeune femme seule avec un homme de mon âge. Je ne lui ressemblais pas assez pour passer pour son frère. Nous descendions de voiture à l’entrée des grands bois, au pied des collines, aux portes des parcs des alentours de Paris. Nous cherchions à Fleury, à Meudon, à Sèvres, à Satory, à Vincennes, les plus longues et les plus solitaires allées tapissées d’herbes en fleur que le sabot des chevaux ne foule jamais, excepté les jours de chasse royale. Nous n’y rencontrions que quelques enfants ou quelques pauvres femmes qui creusaient la terre avec leur couteau pour y cueillir les chicorées. De temps en temps une biche effrayée bruissait dans les feuilles et franchissait l’allée en s’enfonçant, après nous avoir re-