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RAPHAËL


CXXIII

Nous recommencions les mêmes courses le lendemain. Ah ! combien de troncs d’arbres sont marqués par moi, dans ces forêts, sur la racine ou sur l’écorce, d’un signe de mon couteau qui les fera à jamais reconnaître ! Ce sont ceux dont elle goûta l’ombre ; ceux au pied desquels elle respira un flot de vie, un rayon de soleil ou une bouffée de l’odeur des bois. Le passant les voit, ces arbres, sans se douter qu’ils sont pour quelqu’un la colonne d’un temple dont l’adorateur est sur la terre et dont la divinité est au ciel. Je vais encore les visiter une ou deux fois chaque printemps, aux anniversaires de ces promenades. Quand la cognée les abat, il me semble qu’elle me frappe moi-même et qu’elle emporte un morceau de mon cœur !


CXXIV

Il y a au sommet le plus élevé et le plus habituellement isolé du parc de Saint-Cloud, à l’endroit où le dos de la colline s’arrondit pour s’incliner en deux pentes contraires, l’une vers le vallon de Sèvres, l’autre vers le creux du château, un carrefour composé du croisement de trois longues allées. Là, ces allées se rencontrent et forment en se rencontrant une large pelouse vide. L’œil y découvre de loin le rare promeneur qui viendrait en troubler, le matin, la sécurité.

Ce promontoire de colline domine la plaine d’Issy, le cours de la Seine et la route de Versailles. Encaissé par les