Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/384

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RAPHAËL

ai mes lettres dans mon sein. Je baisai mille fois le plancher de cette chambre qui avait été le berceau de notre amour et qui en était devenue la sépulture ; je pris mon fusil, et je m’élançai machinalement, comme un insensé, à travers les gorges de la montagne. La nuit était sombre. Le vent s’était levé. Les lames du lac, poussées contre les rochers de la base, frappaient des coups si caverneux, jetaient des voix si humaines, que je m’arrêtai plusieurs fois tout essoufflé et que je me retournai, comme si on m’eût appelé par mon nom.

Oh ! oui, on m’appelait, je ne me trompais pas, mais c’était du’ciel

CXLV

Je ne dirai pas par qui je fus rencontré, le matin du jour suivant, errant au bord d’un précipice, au milieu des brouillards du Rhône. Qu’il soit béni ! cela suffit ; je fus relevé, soutenu, ramené dans les bras de ma pauvre mère.

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Et maintenant dix ans se sont écoulés sans pouvoir entraîner un seul des souvenirs de cette grande année de ma jeunesse. Selon la promesse de Julie de m’envoyer d’en haut quelqu’un pour me consoler, Dieu m’a changé son don contre un autre, il ne me l’a pas retiré. Je reviens sou-