Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/113

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Juifs, non pas en dehors de la civilisation ; mais dans une civilisation à part, aussi inaltérable que le granit. Plus j’ai voyagé, plus je me suis convaincu que les races sont le grand secret de l’histoire et des mœurs. L’homme n’est pas aussi éducable que le disent les philosophes. L’influence des gouvernements et des lois est bien loin d’agir aussi radicalement qu’on le pense sur les mœurs et les instincts d’un peuple ; tandis que la constitution primitive, le sang de la race, agit toujours et se manifeste après des milliers d’années dans les formes physiques et dans les habitudes morales de la famille ou de la tribu. Le genre humain coule par fleuves et par ruisseaux dans le vaste océan de l’humanité ; mais il n’y mêle que bien lentement ses eaux, souvent jamais ; et il ressort, comme le Rhône du lac de Genève, avec le goût et la couleur de son onde. Il y a là un abîme de pensées et de méditations. Il y a aussi un grand secret pour les législateurs. Tout ce qu’ils font dans le sens de l’esprit des races réussit ; tout ce qu’ils tentent contre cette prédisposition naturelle échoue. La nature est plus forte qu’eux.

Cette idée n’est pas celle des philosophes du temps, mais elle est évidente pour le voyageur ; et il y a plus de philosophie dans cent lieues de caravane que dans