Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/123

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


à l’idée de gros bénéfices, lorsqu’au milieu de ces douces illusions me parvint la funeste nouvelle de la prise de mon navire par un vaisseau de guerre anglais, qui l’avait conduit à Malte. Par suite d’une telle perte, forcé de déposer mon bilan, je dus me retirer du commerce, et, totalement ruiné, je quittai Chypre pour revenir à Alep.

Quelques jours après mon arrivée, je dînai chez un de mes amis avec plusieurs personnes, parmi lesquelles se trouvait un étranger fort mal vêtu, mais auquel cependant on témoignait beaucoup d’égards. Après le dîner, on fit de la musique ; et cet étranger, s’étant assis près de moi, m’adressa la parole avec affabilité. Nous parlâmes musique, et, à la suite d’une conversation assez longue, je me levai pour aller demander son nom. J’appris qu’il s’appelait M. Lascaris de Vintimille, et qu’il était chevalier de Malte. Le lendemain, je le vis arriver chez moi, tenant en main un violon. « Mon cher enfant, me dit-il en entrant, j’ai remarqué hier combien vous aimiez la musique ; je vous considère déjà comme mon fils, et vous apporte un violon, que je vous prie d’accepter. » Je reçus avec grand plaisir cet instrument, que je trouvai fort à mon goût, et lui en fis mes vifs remercîments. Après deux heures d’une conversation très-animée, pendant laquelle il m’avait beaucoup questionné sur toutes sortes de sujets, il se retira. Le lendemain, il revint, et continua ainsi ses visites pendant quinze jours ; ensuite il me proposa de lui donner des leçons d’arabe, d’une heure chaque jour, pour lesquelles il m’offrit cent piastres par mois. J’acceptai avec joie cette proposition avantageuse, et, après six mois de leçons, il commençait à parler et à lire l’arabe passablement. Un jour, il me dit : « Mon cher