Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/134

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dîmes que nous étions négociants ; que la guerre entre les puissances ayant interrompu les communications par mer avec Chypre, nous avions voulu nous établir à Alep ; mais qu’ayant trouvé dans cette ville des négociants plus riches que nous, nous nous étions décidés à porter nos marchandises dans des lieux moins fréquentés, espérant par là en tirer un meilleur parti. Lui ayant ensuite appris en quoi consistaient ces marchandises : « Ces objets, nous dit-il, ne servent qu’aux Arabes du désert ; je regrette de vous le dire, mais il vous sera impossible de pénétrer jusqu’à eux ; et quand même vous pourriez y parvenir, vous courriez risque de perdre tout, même la vie. Les Bédouins sont cupides et pleins d’audace ; ils voudront s’emparer de vos marchandises, et si vous faites la moindre résistance, ils vous massacreront. Vous êtes des gens pleins d’honneur et de délicatesse, il vous sera impossible de supporter leur grossièreté : c’est par intérêt pour vous que je parle de la sorte, étant moi-même chrétien. Croyez-moi, ouvrez ici vos ballots, vendez tout ce que vous pourrez, et retournez ensuite à Alep, si vous voulez conserver vos biens et votre vie. »

Il finissait à peine de parler, que les principaux habitants du village, réunis chez lui pour nous voir, commencèrent à nous raconter des histoires effrayantes. L’un nous dit qu’un colporteur, venant d’Alep et allant au désert, avait été dépouillé par les Bédouins, et qu’on l’avait vu repasser tout nu. Un autre avait appris qu’un marchand, parti de Damas, avait été tué. Tous étaient d’accord sur l’impossibilité de pénétrer parmi les hordes de Bédouins, et cherchaient, par tous les moyens possibles, à nous dé-