Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/135

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tourner d’une aussi périlleuse entreprise. Je voyais M. Lascaris se troubler ; il se tourna vers moi, et me dit en italien, pour n’être pas compris des autres personnes : « Cosa dite di questa novita, che mi ha molto scoragito[1] ? — Je ne crois pas, lui répondis-je, à toutes ces histoires ; et quand même elles seraient vraies, il faudrait encore persévérer dans notre projet. Depuis que vous m’avez annoncé votre intention d’aller chez les Bédouins, je n’ai plus espéré revoir ma patrie. J’ai regardé les trente jours que vous m’avez donnés à Alep pour me divertir, comme mes adieux au monde. Je considère notre voyage comme une véritable campagne ; et celui qui part pour la guerre, s’il est bien déterminé, ne doit pas songer au retour. Ne perdons pas courage : quoique Assaf soit un scheik[2], qu’il ait de l’expérience, qu’il entende bien la culture des terres et les intérêts de son village, il ne peut avoir aucune idée de l’importance de nos affaires. Je serais donc d’avis de ne plus lui parler de notre voyage dans le désert, et de mettre notre confiance en Dieu, le grand protecteur de l’univers. » Ces paroles produisirent leur effet sur M. Lascaris, qui me dit en m’embrassant tendrement : « Mon cher fils, je mets tout mon espoir en Dieu et en vous ; vous êtes un homme de résolution, je le vois ; je suis on ne peut plus content de la force de votre caractère, et j’espère atteindre mon but à l’aide de votre courage et de votre constance. »

À la suite de cet entretien nous fûmes nous coucher,

  1. Que dites-vous de cette nouvelle, qui m’a fort découragé ?
  2. Vieillard ou ancien.