Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/141

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m’en donnerez ma part en monnaie courante. » Ayant vu et tenu le sequin, je crus à la vérité de ce récit, et lui donnai rendez-vous hors du village pour le jour suivant, de grand matin.

Le lendemain, il était à peine jour, je me lève, et sors de notre logis comme pour me promener. À quelques pas du village, je trouve Hessaisoun qui m’attendait ; il était armé d’un fusil, d’un sabre et de pistolets. Je n’avais, moi, pour toute arme, qu’une longue pipe. Nous marchons une heure environ. Avec quelle impatience je cherchais des yeux la grotte ! Enfin je l’aperçois ; bientôt nous y entrons ; je regarde de tous côtés pour découvrir la jarre ; ne voyant rien, je me tourne vers Hessaisoun : « Où est donc la jarre ? » lui dis-je. Je le vis pâlir. « Puisque nous y voilà, s’écrie-t-il, apprends que ta dernière heure est venue ! Tu serais déjà mort, si je n’avais craint de souiller tes habits de sang. Avant de te tuer, je veux te dépouiller. Ainsi déshabille-toi et donne-moi ton sac d’argent. Je sais que tu le portes ; il doit renfermer plus de douze cents piastres, que j’ai comptées moi-même : c’est le prix des marchandises que tu as vendues. Tu ne verras plus la lumière du jour.

» — Fais-moi grâce de la vie, lui dis-je d’un air suppliant ; je te donnerai une plus forte somme que celle qui est dans le sac, et ne parlerai à personne de ce qui s’est passé ici, je te le jure. — Cela ne se peut, répondit-il ; cette grotte doit te servir de tombeau : je ne saurais te laisser la vie sans exposer la mienne. »

Je lui jurai mille fois de me taire ; je lui proposai de faire