Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/20

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la gloire de Kara-George. Grâce à lui, la Servie, entièrement délivrée, étendait ses frontières depuis l’île de Poretsch, sur le Danube, jusqu’au confluent de ce fleuve et de la rivière Timok. Mais la paix, toujours plus funeste aux libérateurs de leur patrie que la guerre, vit fermenter de nouvelles intrigues et de nouvelles dissensions entre des chefs que le péril commun réunissait. Les hospodars voulurent diminuer l’autorité de Kara-George, pour le déposséder entièrement plus tard. Ce complot lui fut révélé à temps. Il profita de cette tentative, réprimée avec énergie, pour opérer en sa faveur une réaction définitive à la diète de 1811. Il porta une atteinte mortelle à l’influence des hospodars et des weyvodes, en subdivisant les districts et en multipliant les chefs, qui, trop faibles pour agir seuls, devinrent dès lors des instruments faciles à manier, et qui, jaloux d’ailleurs de l’ancienne supériorité des weyvodes, s’appuyèrent contre eux sur l’autorité du chef suprême, et attachèrent leur fortune à la sienne. Les attributions du sénat furent altérées. Ce corps, au lieu de concentrer tous les pouvoirs, fut partagé en deux assemblées, dont l’une, composée des membres les moins influents, devint une espèce de magistrature judiciaire, et dont l’autre eut les fonctions administratives, et devint une sorte de ministère de Kara-George. On ne peut s’empêcher d’admirer dans ce grand homme un instinct politique aussi habile que son coup d’œil guerrier était sûr et vaste. En appelant et en retenant ainsi auprès de lui, par des fonctions lucratives et honorables, ses amis et ses ennemis même, il les séparait des populations trop accoutumées à leur obéir, et ruinait leur oligarchie séditieuse. Une loi prononça le bannissement contre tout Servien qui résisterait à cette constitution des pouvoirs. Dobri-