Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/19

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Le même chant national slave, qui célèbre le commencement de l’insurrection, prédit des malheurs pour le jour où l’on tentera de passer la Drina et d’envahir la Bosnie. La prédiction du poëte fut l’oracle de la Providence. Cette campagne fut une série de fautes, de désastres et de ruines. Kara-George, assisté d’un corps russe, combattit en vain avec son héroïsme habituel : ses soldats, découragés, faiblirent. Battu par les Turcs à Komenitza, il vint protéger Tagodina et la rive gauche de la Morawa, et ne dut même qu’à une importante diversion des Russes la conservation de cette partie du territoire.

Les revers accrurent la jalouse inimitié des weyvodes contre lui. On osa attenter à son pouvoir, le jour où ce pouvoir ne fut plus défendu par le prestige de la victoire. Jacob Nenadowitsch fut le premier qui ébranla sa fortune. Il parut au sénat le 1er janvier 1810, à la tête de six cents jeunes gens à cheval, sous ses ordres, et fut nommé président du sénat. L’influence de la Russie maintint seule pendant quelque temps l’autorité de Kara-George. Il s’avança contre Curchid, pacha de Nissa, qui n’avait pas moins de trente mille hommes. La plaine de Wawarin fut le théâtre d’une bataille sanglante, où trois mille Serviens, animés par la voix et par l’exemple de leur général, refoulèrent cette masse de Turcs, les forcèrent à se retrancher, et bientôt à rentrer dans Nissa. Kara-George se porta aussitôt vers Lonitza, dont quarante mille Ottomans faisaient le siége. La ville, qui résistait depuis douze jours à une formidable artillerie, allait tomber au pouvoir des assiégeants, quand l’apparition de Kara-George et la bravoure de ses Serviens força l’armée turque à repasser la Drina. Ce fut l’apogée de