Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/217

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résolu de l’attaquer avec toutes ses forces réunies. Nous marchâmes un jour et une nuit sans nous arrêter, et nous plantâmes dix mille tentes à une demi-lieue du camp d’Abedd. Une bataille générale et meurtrière était inévitable ; je me hasardai à faire une dernière tentative pour l’éviter, s’il en était encore temps.

Les Bédouins ont un grand respect pour les femmes ; ils les consultent sur toutes leurs démarches. Dans la tribu El-Cherarah, leur influence s’étend bien plus loin encore : ce sont véritablement les femmes qui commandent ; — elles ont généralement beaucoup plus d’esprit que leurs maris. Arquïé, femme du scheik Abedd, passe surtout pour une femme supérieure. — Je me décidai à aller la trouver ; — j’imaginai de lui porter des cadeaux de boucles d’oreilles, bracelets, colliers et autres bagatelles, et de tâcher par là de la gagner à nos intérêts.

Ayant pris des informations secrètes pour diriger mes démarches, j’arrivai chez elle pendant l’absence de son mari, qui tenait un conseil de guerre chez un de ses alliés. — À force de compliments et de présents, je l’amenai à me parler elle-même de la guerre, véritable objet de ma visite, que je n’avouai point : je lui expliquai les avantages de l’alliance avec le drayhy uniquement comme sujet de conversation, et nullement comme étant autorisé à lui en parler ; je lui dis que le but de ma visite était la curiosité bien naturelle de connaître une femme aussi célèbre, qui gouvernait des guerriers redoutables par leur courage, mais qui ne pouvaient se passer de son intelligence supérieure pour diriger cette force brutale. — Pendant notre conférence,