Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/284

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

À la réception de cette lettre, nous tînmes un grand conseil de guerre ; et, après avoir mûrement pesé tous les périls du voyage contre tous les avantages de l’alliance d’Ebn-Sihoud, le drayhy résolut de se rendre à son invitation. Scheik-Ibrahim m’ayant demandé si je me sentais le courage d’aller voir ce fanatique : « Je sais bien, lui répondis-je, que je risque plus que tout autre, à cause de sa haine pour les chrétiens ; mais je place ma confiance en Dieu. Devant mourir une fois, et ayant déjà fait le sacrifice de ma vie, je suis prêt à le faire encore, pour conduire jusqu’au bout l’entreprise que j’ai commencée. » Le désir de voir un pays si curieux et cet homme extraordinaire excitait mon courage. Aussi, ayant bien recommandé ma pauvre mère à M. Lascaris dans le cas où je viendrais à mourir, je partis avec le drayhy, son second fils Sahdoun, son neveu, son cousin, deux des principaux chefs et cinq nègres, tous montés sur des dromadaires. Pendant l’absence de son père, Sahel devait commander la tribu, et la conduire au Horan à la rencontre du drayhy, qui comptait revenir par le Hégiaz.

Nous fîmes notre première halte chez les Bédouins Beny-Toulab, qui ne possèdent pour tout bien que quelques ânes, et vivent de la chasse des gazelles et des autruches ; ils se vêtent de peaux de gazelle grossièrement cousues ensemble, et formant une longue robe à manches très-larges ; la fourrure est en dehors, ce qui leur donne l’apparence de bêtes fauves. Je n’ai jamais rien vu de si sauvage que leur aspect. — Ils nous donnèrent le divertissement d’une chasse aux autruches, qui m’intéressa beaucoup. La femelle de l’autruche dépose ses œufs dans le sable, et s’établit à quelque dis-