Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/30

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les approprier à la Servie. Quelques étrangers font partie de sa cour, et lui servent d’intermédiaires avec les langues et les arts des nations voisines. La population, pacifiée et rendue aux travaux de l’agriculture et du commerce, comprend le prix de la liberté qu’elle a conquise, et grandit en nombre, en activité, en vertus publiques. La religion, seule civilisation des peuples qui n’en ont pas dans leurs forêts, a perdu de ses abus sans rien perdre de son heureuse influence ; l’éducation populaire est le principal objet des soins du gouvernement. Le peuple se prête, avec un instinct fanatique, à cet effort de Milosch pour le rendre digne d’une forme de gouvernement plus avancée : on dirait qu’il comprend que les peuples éclairés ont seuls la faculté de devenir des peuples libres, et qu’il a hâte d’arriver à ce terme. Les pouvoirs municipaux, jetés dans les districts comme un germe de liberté, l’y préparent. Quelques exilés, bannis par les Turcs après la fuite de Kara-George, ou bannis par Milosch pour avoir conspiré avec les Turcs contre lui, sont encore privés de leur patrie ; mais chaque jour, en consolidant l’ordre, et en confondant les opinions dans un patriotisme unanime, amène le moment où ils pourront rentrer, et reconnaître l’heureuse influence du héros qu’ils ont combattu.

Dix mille Turcs occupent encore aujourd’hui les forteresses. Le prince les en chasserait aisément ; tout le pays se lèverait à sa voix. Mais la présence des Turcs dans ces forteresses et leur souveraineté nominale n’ayant plus aucune influence fâcheuse sur la Servie, et pouvant au contraire la préserver des agitations intérieures et des intrigues du dehors, qui surgiraient inévitablement si elle était complétement détachée de l’empire ottoman, le prince, par une