Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/375

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

du jeune cheval. Il convoqua les chefs de la tribu, leur dit ce qui était arrivé. On alla trouver Jabir, auquel on fit des reproches. « Jabir, lui dit-on, vous avez fait à la jument de votre allié tout ce qu’il vous a convenu de faire ; c’est un point que nous vous avons accordé : et maintenant vous voulez vous emparer de ce qui appartient à cet homme, et lui faire une injustice. — N’en dites pas plus long, interrompit Jabir, et ne m’injuriez pas, car, par la foi d’un Arabe, je ne rendrai pas ce poulain, à moins que vous ne me le preniez de force ; mais alors je vous ferai la guerre. » En ce moment la tribu n’était pas disposée à se laisser aller aux dissensions. Aussi plusieurs dirent-ils à Jabir : « Nous vous aimons trop pour pousser les choses si loin ; nous sommes alliés et parents, nous ne combattrons pas pour ce différend, quand même il s’agirait d’une idole d’or. » Alors Kerim, fils de Wahhab (c’était le nom du maître de la jument et du poulain, homme renommé par sa générosité parmi les Arabes), Kerim voyant l’obstination de Jabir, lui dit : « Ô mon cousin ! pour le poulain, il est à vous, il vous appartient. Quant à la jument que voilà, acceptez-la en présent de ma main, afin que le poulain et sa mère ne soient pas séparés ; et ne laissez croire à personne que je puisse être capable de faire tort à mon parent. »

La tribu applaudit hautement à ce procédé ; et Jabir fut si humilié de la générosité qui lui était faite, qu’il rendit le poulain et la jument à Kerim, en y joignant encore une paire de chameaux et de chamelles.

Dahis devint bientôt un cheval parfait à tous égards ; et lorsque son maître Kerim voulait lui faire disputer la course