Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/392

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muni de pierres, il alla se cacher au grand défilé, et Hadifah se regarda comme certain de gagner le pari.

Dès l’aube du jour, les Arabes, venus de tous côtés, étaient rassemblés au lieu de la course. Les juges donnèrent le signal pour le départ des chevaux, et les deux écuyers poussèrent un grand cri. Les coursiers partirent comme des éclairs qui éblouissent les yeux, et ils ressemblaient au vent lorsqu’à mesure qu’il court il devient plus furieux. Ghabra passa devant Dahis, et le laissa derrière. « Te voilà perdu, mon frère de la tribu d’Abs, cria l’écuyer fazaréen à l’Absien ; ainsi, arrange-toi pour te consoler de ton malheur. — Tu mens, répliqua l’Absien ; et dans quelques instants tu verras jusqu’à quel point tu fais mal ton compte. Attends seulement que nous ayons dépassé ce terrain inégal. Les juments vont toujours mieux dans les chemins difficiles qu’en rase campagne. » En effet, quand ils arrivèrent à la plaine, Dahis se lança comme un géant, laissant un sillon de poussière derrière lui. On eût dit qu’il n’avait plus de jambes, on n’apercevait que son corps, et en un clin d’œil il fut devant Ghabra. « Holà ! cria alors l’écuyer absien au Fazaréen, envoie un courrier de ma part à la famille de Beder, et toi, goûte un peu de l’amertume de la patience derrière moi. »

Cependant Chaiboud, rapide comme le vent du nord, gardait son avance sur Dahis, en sautant comme un faon et

    Hadifah fait le calcul comparatif du nombre des pierres jetées à terre, avec la vitesse des deux chevaux. La version anglaise est obscure en cet endroit, et la traduction que nous en donnons ici nous a été communiquée obligeamment par M. Reinaud.