Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/43

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« Oh ! pour Dieu, mon Paul, mon époux et maître,
Ne me ramène point vers notre blanche demeure,
Mais attache-moi aussi à la queue de tes coursiers !
Chasse-les vers la vaste campagne,
Et qu’ils me déchirent toute vivante ! »

Paul obéit aux paroles de la jeune femme ;
Il l’attacha à la queue de ses coursiers,
Et les chassa tous quatre sur la vaste plaine.
Là où tomba une goutte de son sang,
Crûrent des ronces et des épines ;
Mais à l’endroit où elle tomba morte,
La terre ébranlée enfanta un lac profond.
Sur le lac voguait un coursier noir ;
À ses côtés voguait un berceau d’or ;
Sur le berceau perchait un gris faucon ;
Dans le berceau reposait un enfant endormi ;
Tout près de son cou, la main de sa propre mère
Armée du fatal couteau d’or !