Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/456

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XI


 
Ainsi dans son silence et dans sa solitude,
Le désert me parlait mieux que la multitude.
Ô désert ! ô grand vide où l’écho vient du ciel !
Parle à l’esprit humain, cet immense Israël !
Et moi puissé-je, au bout de l’uniforme plaine
Où j’ai suivi longtemps la caravane humaine,
Sans trouver dans le sable élevé sur ses pas
Celui qui l’enveloppe et qu’elle ne voit pas,
Puissé-je, avant le soir, las des Babels du doute,
Laisser mes compagnons serpenter dans leur route,
M’asseoir au puits de Job, le front dans mes deux mains,
Fermer enfin l’oreille à tous verbes humains,
Dans ce morne désert converser face à face
Avec l’éternité, la puissance et l’espace :
Trois prophètes muets, silences pleins de foi,
Qui ne sont pas tes noms, Seigneur ! mais qui sont toi,
Évidences d’esprit qui parlent sans paroles,
Qui ne te taillent pas dans le bloc des idoles,
Maïs qui font luire au fond de nos obscurités
Ta substance elle-même en trois vives clartés.
Père et mère à toi seul, et seul né sans ancêtre,
D’où sort sans t’épuiser la mer sans fond de l’Être,