Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/5

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village et quelques-uns des principaux habitants étaient en cercle autour de nous, et nous parlaient avec simplicité et enthousiasme du bien-être croissant de la nation sous ce gouvernement de liberté, des forêts que l’on défrichait, des maisons de bois qui se multipliaient dans les vallées, des écoles nombreuses et pleines d’enfants qui s’ouvraient dans tous les villages : chacun de ces hommes, avançant la tête entre les épaules de ceux qui le précédaient, avait l’air fier et heureux de l’admiration que nous témoignions nous-mêmes ; leur œil était animé, leur front rougissait d’émotion pour leur patrie, comme si la gloire et la liberté de tous avait été l’orgueil de chacun. À ce moment, le mari de la belle Servienne chez qui nous étions logés rentra des champs, s’approcha de nous, nous salua avec ce respect et en même temps avec cette noblesse de manières naturelle aux peuples sauvages ; puis il se confondit dans le cercle des villageois, et écouta, comme les autres, le récit que le pope nous faisait des combats de l’indépendance. Quand le pope en fut à la bataille de Nissa et aux trente drapeaux enlevés à quarante mille Turcs par trois mille montagnards, le père s’élança hors du cercle, et, prenant des bras de sa femme ses deux beaux enfants qu’il éleva vers le ciel : « Voilà des soldats de Milosch ! s’écria-t-il. Tant que les femmes seront fécondes, il y aura des Serviens libres dans les forêts de la Schumadia ! »

L’histoire de ce peuple n’est écrite qu’en vers populaires, comme toutes les premières histoires des peuples héroïques. Ces chants de l’enthousiasme national, éclos sur le champ de bataille, répétés de rang en rang par les soldats, apportés dans les villages à la fin de la campagne,