Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/6

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y sont conservés par la tradition. Le curé ou le maître d’école les écrivent ; des airs simples, mais vibrants comme le cœur des combattants, ou comme la voix du père de famille qui salue de loin la fumée du toit de ses enfants, les accompagnent ; ils deviennent l’histoire populaire de la nation : le prince Milosch en a fait imprimer deux recueils répandus dans les campagnes. L’enfant slave apprend à lire dans ces récits touchants des exploits de ses pères, et le nom du libérateur de la Servie se trouve imprimé dans ses premiers souvenirs. Un peuple nourri de ce lait ne peut jamais redevenir esclave.

J’ai rencontré souvent au milieu de ces forêts vierges, dans des gorges profondes où l’on ne soupçonnait d’autres habitants que des bêtes féroces, des groupes de jeunes garçons et de jeunes filles qui cheminaient en chantant ensemble ces airs nationaux, dont nos interprètes nous traduisaient quelques mots. Ils interrompaient un moment leurs chants pour nous saluer et nous regarder défiler ; puis, quand nous avions disparu, ils reprenaient leur route et leurs airs ; et les sombres voûtes de ces chênes séculaires, les rochers qui bordaient le torrent, frémissaient et résonnaient longtemps de ces chants à larges notes et à refrains monotones, qui promettent une longue félicité à cette terre. « Que disent-ils ? demandai-je un jour au drogman qui comprenait leur langue. — Hospodar, me répondit-il, ils disent des choses si niaises, que cela ne vaut pas la peine d’être répété à des Francs. — Mais enfin, voyons, traduisez-moi les paroles mêmes qu’ils chantent en ce moment. — Eh bien ! ils disent : « Que Dieu bénisse les eaux de la Morawa, car elles ont noyé les enne-