Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/8

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maison commune ou dans l’église pour délibérer, je me croyais au milieu des forêts de l’Amérique du Nord, au moment de la naissance d’un peuple ou de l’établissement d’une colonie nouvelle. Les figures des hommes témoignaient de la douceur des mœurs, de la politesse d’une civilisation antique, de la santé et de l’aisance de ce peuple ; la liberté est écrite sur leurs physionomies et dans leurs regards. Le Bulgare est bon et simple, mais on sent que, prêt à s’affranchir, il porte encore un reste du joug ; il y a dans la pose de sa tête et dans l’accent de sa langue, et dans l’humble résignation de son regard, un souvenir et une appréhension sensible du Turc ; il rappelle le Savoyard, ce bon et excellent peuple des Alpes, à qui rien ne manque que la dignité de physionomie et de parole, qui ennoblit toutes les autres vertus. Le Servien, au contraire, rappelle le Suisse des petits cantons, où les mœurs pures et patriarcales sont en harmonie parfaite, sur la figure du pasteur, avec la liberté qui fait l’homme, et le courage calme qui fait le héros. — Les jeunes filles ressemblent aux belles femmes des cantons de Lucerne et de Berne ; leur costume est à peu près le même : des jupons très-courts de couleur éclatante, et leurs cheveux tressés en longues cordes, traînant jusque sur leurs talons. Les mœurs sont pures comme celles des peuples pasteurs et religieux. Leur langue, comme toutes celles qui dérivent du slave, est harmonieuse, musicale et cadencée ; il y a entre eux peu d’inégalité de fortune, mais une aisance générale ; le seul luxe est celui des armes ; leur gouvernement actuel est une sorte de dictature représentative. Le prince Milosch, libérateur de la Servie, a conservé le pouvoir discrétionnaire qui s’était résumé en