Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/80

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



Mais sa misère devait monter plus haut encore,
Car le More s’arma un jour en guerre,
Il se vêtit de riches habits,
Ceignit son cimeterre damasquiné,
Et sella lui-même sa grise jument arabe ;
Il la sangla de sept courroies,
Il la brida d’une bride tressée d’or,
Il attacha sur ses flancs une blanche tente,
Et de l’autre côté sa forte massue.
Il monta sur le dos de la cavale,
Et, tenant en main sa lance de bataille,
Il prit le chemin de la blanche Stamboul.
Quand il arrive devant les portes,
Il plante en terre sa forte lance,
Attache à la hampe la jument arabe,
Dresse devant les murs sa blanche tente,
Et impose un tribut à la ville :
Pour chaque nuit un veau gras,
Une fournée de pain blanc,
Un muid d’eau-de-vie brûlée,
Deux muids de vin pourpré,
Et, de plus, une belle vierge
Qui pendant le repas lui servira à boire,
Pendant la nuit baisera son noir visage,
Et qu’ensuite il vendra,
Et dont il tirera de nombreux sequins.

Il demeura là trois longs mois ;
Mais la misère devait monter encore.
Chaque jour, sur sa svelte et grise cavale arabe,