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JOURNAL D’UN BIBLIOPHILE

L’âme d’une race, comme l’âme individuelle, soutient sa vie et sa pensée à la condition de puiser à ce qui fut et reste pour elle un principe de vie.

Pour nous, comme pour les Franco-Américains, la pensée traditionnelle de la France catholique de tous les temps demeure une source de vie intellectuelle et morale que nous ne saurions renier sans nous anéantir. De même, pour le Franco-Américain, parce qu’il descend d’une race qui a vécu et s’est fortifiée en terre canadienne, l’histoire et la littérature canadiennes, si modestes qu’elles soient, restent un principe de vie qu’il ne saurait dédaigner sans s’affaiblir d’autant.

Il peut y avoir des exceptions individuelles à ces lois : certains déracinés, grâce à la sève qui, à leur insu, circule encore en eux, ont pu briller, tout en se réclamant d’une culture et d’aspirations diamétralement opposées à celles de leurs pères.

Mais on ne saurait impunément exposer toute une race à une pareille aventure. Elle peut bien s’enrichir de ce qu’on greffe sur elle. Si elle veut vivre, il lut faut plonger bien avant ses racines. Et son sol naturel, c’est son passé immédiat comme le plus lointain.

Et c’est pourquoi, sachant que cette survivance est le plus intelligent service que les Franco-Américains peuvent rendre aux États-Unis, leur Patrie, tous les Franco-Canadiens applaudissent aux sacrifices que font leurs frères de la grande république pour


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