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JOURNAL D’UN BIBLIOPHILE

cher son manque d’égard envers un honnête travailleur.

C’est alors que celui-ci se découvrit tel qu’il était. Il percevait l’argent mais il ne le rendait pas à destination. Il me traita d’imbécile et pis encore.

Dégoûté, j’allai voir un avocat et lui fit rendre gorge. L’amitié fut brisée et je sus plus tard que Léo ne cessait à tout propos de me représenter sous un jour des plus ridicules aux yeux des badauds de son entourage, toujours prêts à gober des inepties enjolivées par un talent et une instruction raffinée mais dévoyée.

Autant de propos de fripon, autant de fumée emportée par le vent. Dieu que j’en ai connu de ces beaux talents qui dépensaient le plus utile de leur temps accoudés au comptoir, et où le verre avait le plus beau rôle.

Est-ce qu’ils se rendent compte des sacrifices que souvent des parents pauvres se sont imposés pour eux ?

Je pouvais me consoler, car je n’étais pas le seul à souffrir des rancunes du perfide Léo.

Un prêtre de la ville avait reproché à celui-ci son inconséquence et son manque d’idéal.

Léo avait trouvé moyen de se venger de ces reproches et voici comment. Un dimanche, le curé


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