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JOURNAL D’UN BIBLIOPHILE

pendant, dans des moments d’humeur gaie, des reparties tranchantes comme des lames de rasoir.

Le journal où il travaillait s’était un jour oublié jusqu’à s’attaquer à un jeune enfant de seize ans, du nom de Pamphile, qui avait la prétention d’être écrivain.

Que ne fermait-il les yeux plutôt ? C’eût été certainement plus sage de sa part.

J’avais connu Wilfrid dans des réunions politiques, nous étions deux républicains convaincus : accord parfait sur ce point et qui dura longtemps.

Il devait cependant se produire un événement qui jetterait du froid entre nos deux amitiés.

Voici à quel propos : J’étais arrivé aux États-Unis à l’âge de deux ans, en 1869. J’avais été témoin et j’avais subi moi-même des assauts de sauvageries sans nom de la part d’un élément agressif et tapageur. J’avais vu couler le sang de mes compatriotes dans des attaques brutales et non provoquées. Je portais sur le corps des cicatrices et des marques de coups dont j’avais gardé un cuisant souvenir.

Plus tard, lorsque j’étais jeune homme, j’avais pris une part active dans nos luttes nationales pour la sauvegarde de notre langue maternelle. J’étais à Fall-River, Mass., en 1884, lorsqu’éclatèrent les troubles de la paroisse Notre-Dame de Lourdes qui revendiquait le droit d’avoir un prêtre canadien


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