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Cl IIMI

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du monastère de Pompose, s’était réconcilié avec lui et paraît, d’après sa lettre au moine Michel, avoir eu l’intention de retourner à son ancien couvent de l’omposc. Quoi qu’il en soit, on ne possède pas de renseignements très authentiques sur les dernières années de Guido d’Arezzo ; les annalistes de l’ordre des camaldules prétendent qu’il s’enferma au monastère de Sainte-Croix d’Avellano, en devint prieur et y mourut : cette affirmation a été souvent contestée, et aucune opinion définitive ne s’est encore imposée. Les ouvrages de Guido d’Arrezzo n’ont été publiés qu’en 1784, par le savant Gerbert, prince-abbé de Saint-lîlaise, qui les réunit dans sa collection des écrivains ecclésiastiques sur la musique. Il cite d’abord, le Micrologus de Disciplina artis musicœ, traité écrit vers 1030 et dédié à l’évèque d’Arezzo, Theobald ; c’est l’ouvrage le plus important de Guido, qui y traite de la nature et du nombre des notes, de leur disposition sur le monocorde et des six manières dont elles se lient entre elles, de l’octave et des raisons pour lesquelles elle ne renferme que sept notes, des intervalles des sons et de l’explication de leurs noms, des quatre modes d’aliinité des sons, des autres aflinités des sons, particulièrement du bémol et du bécarre, de la similitude des sons dans le chant qui n’est parfaite que dans l’octave, de la manière de distinguer les mélodies altérées et de les corriger, des notes qui tiennent le premier rang dans le chant, de la division des quatre modes en huit, de la connaissance de ces huit modes, des tropes et de la puissance de la musique, de la composition du chant, de la variété multipliée des sons et des neumes, de la manière d’écrire tout ce qui appartient au chant, de la diaphonie ou règles de l’organum ; de l’invention de la musique calculée d’après le son des marteaux. Le second ouvrage important de Guido est Y Antiphonaire , avec deux préfaces, l’une en vers, l’autre en prose, publiées par Gerbert : Versus de musicœ explanatione , suique nominis online, suivi de : Régules Rhylhmicce in Antiphonarii sui prologum prolatte et Aliœ Regulœ de ignoto cantu, identidem in Antiphonarii suiprolatœ. Gerbert a donné aussi sa lettre au moine Michel, où Guido explique sa méthode : Epistola GuîdonisMichcelimonacho, De Ignoto Cantu diruta. Un petit traité, intitulé De Sex Motibus vocum a se invicem, dont le titre et la division ont été supprimés par Gerbert, appartient aussi, incontestablement, à Guido. Quant aux autres ouvrages qu’on lui attribue, tels que : Tractatus correctorius multorum errorum qui fiunt in cantu Gregoriano in multis locis, publié d’après un manuscrit du xiv e siècle et Quomodo de arithmetica procedit inusica, placé à la suite du Micrologue dans quelques manuscrits, il est peu probable que Guido d’Arezzo en soit réellement l’auteur.

Les titres de ce moine célèbre à la reconnaissance de la postérité ont été un peu exagérés. On lui a attribué pendant des siècles tous les progrès que fit l’art musical au xi c siècle. Il faut en rabattre un peu, tout en reconnaissant son très grand mérite. Jusqu’à lui les traités de musique de Rémi d’Auxerre, de Heginon de Prum, de llucbald, d’Odon, abbé de Cluny, ne contenaient pas de bonnes méthodes d’enseignement : il n’existait pas de direction dans l’étude de l’art. Les instruments des anciens étaient tombés dans l’oubli ; l’orgue ne se trouvait que dans quelques églises et peu de musiciens savaient en jouer ; quant aux autres instruments aux ix e et x" siècles, il n’en existait guère ; il n’y avait donc pour diriger la voix et former l’oreille des élèves de chant que la voix du maître ; aucune étude individuelle n’étant possible. Les chantres étaient maladroits et ignoraient les principes de l’art, malgré le temps qu’ils avaient consacré à apprendre leur métier. Guido inventa une méthode d’enseignement et rendit l’instruction musicale si facile qu’en peu de jours un enfant pouvait apprendre seul le chant d’une antienne ou d’un répons. On trouvait les intonations au moyen du monocorde, petit instrument sur lequel étaient inscrites les lettres représentatives des notes ; un chevalet mobile se plaçait sur la lettre de la note cherchée, et en pinçant la corde on obtenait l’intonation. Guido compléta sa méthode par une mnémonique des sons : il faisait apprendre par cccur une mélodie connue dont on se servait comme point de comparaison en donnant pour nom aux notes de cette mélodie les syllabes placées sous chacune d’elles de manière à conserver ces mêmes noms à toutes les notes semblables. Il se servait du chant de l’hymne de saint Jean-Baptiste. Ut queant Iaxis Resonare fibris

Mira, gestorum Famuli tuorum,

Soîve polluti Labii reatum,

Sancte Johannes.

Au début et à la fin de sa leçon, dans l’école qu’il dirigeait, Guido faisait chanter cette strophe à ses élèves : l’intonation de la note s’élevant d’un degré sur chacune des syllabes, ut, re, mi, fa, sol, la, correspondait à l’une des lettres de l’échelle diatonique dont nous avons fait la description. Il cherchait simplement à créer une méthode d’enseignement par analogie, se proposant de graver l’intonation des sons dans la mémoire des élèves. Enfin, Guido recommanda l’usage des neumes (V. ce mot) comme le moyen le plus simple de distinguer les notes principales d’une mélodie et d’en reconnaître le ton. Voilà exactement à quoi se réduit la découverte de Guido d’Arezzo ; elle parait bien simple aujourd’hui, mais il fallait alors un effort de génie pour la faire. Les effets en furent immenses : l’instrument de l’enseignement étant trouvé, des écoles de chant ecclésiastique s’instituèrent partout et l’instruction se répandit. Malheureusement, on interpréta mal quelques-unes de ses paroles et l’on créa bientôt un système de solmisation (V. ce mot) absolument faux et hérissé de difficultés qu’on lui attribua comme une invention admirable et qui, pendant plus de six cents ans, empêcha le retour au système naturel ; l’usage des muances (V. ce mot) ne fut abandonné qu’au xvu e siècle, époque où la septième note de la gamme reçut le nom de si. Les Allemands ont été les derniers à se servir des lettres de l’alphabet pour solfier. Guido a joint au mérite de son invention celui de l’exposer avec la plus grande lucidité dans son Micrologue et le prologue de son Antiphonaire. A côté de la découverte réelle de Guido d’Arezzo, il est bon de rappeler toutes celles qu’on lui a inexactement attribuées. On lui devrait la gamme et son nom, les noms des notes, le système de solmisation par les trois hexacordes de bémol, bécarre et nature et par les muances, la méthode de la main musicale, la notation avec la portée du plain-chant, le contrepoint, le monocorde, le clavecin, le clavicorde et quelques autres instruments. Ces assertions ont été réfutées d’une manière décisive, après une étude approfondie, par Fétis dans sa Bibliographie générale de la musique et par Forkel dans son Allgemeinc Geschichte der Musik. Ph. Berthelot.

Bibl. : Angiîloni, Sopra la Vita, le opère ed il sapere di Guido (plein d’erreurs, car l’auteur ne possède pas de connaissances musicales suffisantes) ; Paris, 1811. — Kiesewettbr, Guido von Arezzo ; Leipzig, 1840. — Langiians, Guido von Arezzo (dans le Mendel). — Falciii, Sludii su Guido Monaco ; Florence, 1882.

GUIDO de Columna (V. Colonne [Guido délie]). GUIDO de Sienne, peintre italien du xm° siècle. Une longue controverse a surgi à propos du retable de ce peintre conservé jadis dans l’église de San Domenico, maintenant au Palais public de Sienne. Cette œuvre, à l’origine un triptyque, dont les volets ont disparu, comprend un panneau rectangulaire surmonté d’un fronton en triangle. Dans le grand panneau est représentée la Vierge tenant l’Enfant Jésus, assise sur un trône de marbre au-dessus duquel se penchent six anges ; au fronton est te Christ bénissant entre deux anges. Au bas du trône de la Vierge on lit un distique latin en caractères gothiques, avec le nom du peintre et la date 1221. M. Milanesi, suspectant l’authenticité de cette date, a proposé de lire 1281 ; mais cette correction, admise par de récents historiens de la peinture italienne, a été justement combattue par M. Wickhoff. Si la Madone de Guido parait infiniment supérieureaux œuvres