Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/86

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CHAPITRE II

Le sensualisme des sophistes et le matérialisme moral d’Aristippe.


Sensualisme et matérialisme. — Les sophistes, en particulier Protagoras. — Aristippe. — Rapport entre le matérialisme théorique et le matérialisme pratique. — Dissolution de la civilisation hellénique sous l’influence du matérialisme et du sensualisme.


Le rôle joué dans la nature extérieure par la matière, est joué dans la vie interne de l’homme par la sensation. Quand on croit que la conscience peut exister sans la sensation, on est dupe d’une illusion subtile. L’activité de la conscience peut se déployer avec énergie sur les questions les plus élevées et les plus importantes, en même temps que les sensations sont presque imperceptibles. Mais toujours il y a en jeu des sensations dont les rapports, l’harmonie ou le désaccord déterminent la nature et le prix des idées perçues par la conscience : ainsi une cathédrale est formée de pierres brutes, un dessin compliqué de lignes matérielles fines et déliées, une fleur de matières organisées. De même que le matérialiste, contemplant la nature extérieure, explique les formes des objets par la nature de leurs éléments matériels et fait de ces derniers la base de sa conception du monde, de même le sensualiste dérive des sensations toutes les idées de la conscience.

Ainsi, au fond, le sensualisme et le matérialisme donnent tous deux la préférence à la matière sur la forme ; il s’agit