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SOUVENIRS POLITIQUES

cot, Flynn et Fortin avait mis le gouvernement en minorité.

Pour essayer de justifier la désertion de ces cinq députés, M. Chapleau avait parlé de conciliation. M. Mercier lui répondit avec éloquence, puis, s’adressant aux députés lâcheurs, il leur lança cette sanglante apostrophe :

« On parle de conciliation : Ah ! M. le président, au temps où Lafontaine luttait comme nous aujourd’hui, pour la revendication des droits populaires et des libertés publiques, l’action que vous allez commettre n’eut pas été appelée de la conciliation, mais de la trahison ! »

Le ton, l’attitude, le geste qui soulignèrent cette phrase firent tressaillir la Chambre. Et les acclamations de son parti s’élevèrent bruyantes et enthousiastes, pendant plusieurs minutes après que le brillant orateur se fut assis. M. Mercier avait raison. Quand on a suivi un chef qui tombe il ne reste qu’une chose à faire à ses partisans, à ses compagnons de fortune, c’est de tomber avec lui.

C’était la fin du drame politique qui se continuait depuis près de deux ans. Que faire avec un Lieutenant-Gouverneur qui se prêtait aux menées sournoises des adversaires de ses ministres, avec une majorité décidément hostile dans le gouvernement fédéral ? M. Joly demanda un appel au peuple qui lui fut refusé par le Lieutenant-Gouverneur, sous le ridicule prétex-