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SOUVENIRS POLITIQUES

sations si entraînantes, par la séduction de sa personne, et qui votaient contre lui à contre cœur ! Comme orateur parlementaire il était d’une grande puissance, par la clarté de son raisonnement, la simplicité élégante de son langage et par ses ressources jamais prises au dépourvu. Il savait à l’occasion être véhément ou pathétique, et toujours il suivait le fil de son raisonnement. Il a fait des discours dans notre Chambre provinciale qui sont au moins les égaux des plus beaux dont s’honore la tribune française. Il a été un exemple remarquable de l’orateur parlementaire tel que le décrit M. Hanotaux : « L’éloquence parlementaire ne se propose ni la beauté ni l’originalité du fond. Par de là l’enceinte elle s’adresse aux foules, elle leur explique et au besoin, leur ressasse en arguments simples, les raisons faites pour déterminer les esprits confus et les âmes incertaines. Dans ces circonstances rares, la nation tout entière est transformée en un grand conseil ; ce qu’elle cherche, ce qu’elle attend, ce n’est pas un orateur, c’est un homme. »

Devant les foules, c’était un tribun irrésistible. Comme il savait bien parler au peuple, comme il savait l’instruire, l’intéresser, comme il savait se faire aimer de lui ! Je ne connais pas un homme politique, à l’exception de Papineau, qui restera autant que lui ancré dans le souvenir des foules.