Page:Langlois - Harivansa ou histoire de la famille de Hari, tome 1.djvu/23

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plusieurs fois en entendre le récit, assurera pour jamais à sa race la félicité du paradis (swarga).

Celui qui à la fois est et n’est pas, cause indépendante, éternelle, spirituelle, a produit de lui-même la matière première (pradhâna) et l’esprit (pouroucha), et ce grand tout qui est en même temps Îswara. Ô prince, sache que c’est là Brahmâ[1] dont l’énergie créatrice est infinie ; Brahmâ, auteur de tous les êtres, accompagné partout de Nârâyana. Agent spontané[2] dans cet univers, de lui sont sorties les diverses classes de créatures ; de lui vient cette création éternelle qui se renouvelle dans le monde. Je vais, comme la science de nos sages me l’a enseigné, te raconter, pour la gloire même de nos premiers ancêtres, cette longue histoire dont le récit assure la fortune, la renommée, la victoire, le bonheur céleste, une longue existence à tous ceux qui marchent fermement dans les voies de l’honneur et de la sainteté. Ainsi, puisque tous deux nous sommes également purs et préparés, je te dirai l’œuvre merveilleuse de la création, pour arriver ensuite à la famille de Vrichni.

Le divin Swayambhou voulant créer les différents êtres, forma d’abord les eaux, dans lesquelles il déposa un germe vivifiant. Les eaux ont été appelées nâras, comme étant filles de Nara, qui est le premier mâle[3]. Elles lui servaient de voie (ayana) ; de là vient qu’il a été appelé Nârâyana. Dans le lit même des eaux parut un œuf d’or. Là, de lui-même était né Brahmâ : ce qui l’a fait nommer Swayambhou. Il y resta un an, et il doit son nom d'Hiranyagarbha à son séjour dans cette enveloppe d’or. De cet œuf, brisé en deux parties, il fit le ciel et la terre, et dans l’intervalle qui les sépare il

  1. Brahmâ doit être distingué de Brahma. Le premier est le créateur agissant, la cause efficiente du monde : le second est l’essence du monde, la source divine d’où sortent les êtres et où ils retournent. L’un est en sanscrit un nom masculin, l’autre un nom neutre. Brahma renferme Brahmâ, Vichnou et Siva.
  2. J’ai rendu de cette manière une expression bien difficile à entendre dans son acception philosophique. L'ahancâra est un des cinq grands éléments (mahâbhoûtas), comme il est aussi une des facultés de l’âme humaine. Est-ce la conscience de soi-même ? est-ce la faculté d’agir par soi-même, ou la liberté ? quelquefois on doit le traduire par orgueil. Voy. Bhagavad-gîtâ, lect. xiii, sl. 5 ; lect. xvi, sl. 18 ; lect xviii, sl. 53 ; et Lois de Manou, lect i, sl. 24. Brahmâ est ici appelé अहङ्कार : महत ce qui me semble indiquer la liberté, la spontanéité du mahat, c’est-à-dire du principe intellectuel. Voyez pour ce mot la note spirituelle de M. Haughton, dans son édition de Manou, t. i, p. 425.
  3. Voyez Lois de Manou, lect i.