Page:Langlois - Harivansa ou histoire de la famille de Hari, tome 1.djvu/24

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répandit l’air. La terre nagea sur les eaux qui l’entourent, et les régions célestes furent établies au nombre de dix.

Brahmâ donna naissance au Temps, à l’Intelligence[1], au Désir, à la Colère et à la Volupté, et, pour exécuter la création dont il avait fait le type, il mit au monde les Pradjâpatis, Marîtchi, Atri, Angiras, Poulastya, Poulaha, Cratou et Vasichtha. Ce sont aussi les sept Mânasas[2] ou les sept Brahmâs, que les anciens livres nous représentent comme nés de Brahmâ et animés par Nârâyana.

Ensuite il créa Roudra, formé d’un souffle de colère, et le seigneur Sanatcoumâra, l’aîné des ancêtres du monde. O fils de Bharata, les sept Pradjâpatis, Roudra, Scanda (son fils) et Sanatcoumâra se mirent à produire les êtres, répandant partout l’inépuisable[3] énergie du Dieu. Des sept patriarches sortirent sept grandes familles, qui, attachées aux exercices de la piété et fécondes en rejetons, ont pour leur honneur donné au monde les Maharchis et les divers ordres de Dévas.

Brahmâ créa encore dès le commencement les éclairs, les nuages chargés de tonnerre, l’arc d’Indra, les saisons et le bruit précurseur de la foudre. De lui sont venus les trois Vèdes, le Rig, l’Yadjour et le Sâma, pour l’accomplissement du sacrifice. De sa bouche il produisit les Dévas, les Pitris de sa poitrine, de parties plus ou moins nobles les hommes, les Asouras, les Sâdhyas, tous les êtres de quelque forme qu’ils soient.

  1. Cest le mot मनस् (Manas), que j’ai traduit par intelligence.
  2. Le mot mânasa a pour racine manas, l’âme, et il semble qu’il désigne ici des êtres issus de l’âme universelle, dont l’auteur immédiat est Brahmâ ou Nârâyana. Ce sont peut-être aussi les types primordiaux, n’existant que dans la pensée du créateur. Dans les Lois de Manou, liv. I, ces Pradjâpatis sont fils de Manou. On a donné leurs noms aux sept étoiles qui forment la constellation du Chariot (septem triones). Ce sont en sanscrit les Saptarchis, ou sept Richis. L’étude des poèmes sanscrits m’a convaincu, et le lecteur pourra aussi le reconnaître, que beaucoup de leurs fables sont astronomiques. Roudra, Scanda ou Cârtikéya et même Sanatcoumâra sont des personnages de la sphère indienne, qui nous est peu connue malheureusement, et qui nous donnerait la clef de toutes ces fictions qui, au premier abord, paraissent absurdes.
  3. Ce passage présente le verbe तिष्ठति dont la signification est un objet de contestation. Il se trouve aussi dans le Bhagavad-gîtâ, lect. x, sl. 42. M. de Schlegel a cru pouvoir y retrouver l’idée de ce repos que la Genèse attribue au Créateur le septième jour de son œuvre. M. de Chézy, dans ses remarques sur la traduction de cet ingénieux professeur, pense que ce mot représente l’état immuable de Dieu, dont la création ne diminue point la grandeur et l’énergie. S’il m’était permis de parler après