Page:Lanson - Histoire de la littérature française, 1920.djvu/949

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
927
polémistes et orateurs.

Sous la monarchie de Juillet, la vie et le bruit passèrent de la Sorbonne au Collège de France : Quinet et Michelet prirent la direction de la jeunesse en soufflant les passions démocratiques : on mangeait du Jésuite à leurs cours. Nous retrouverons Michelet ailleurs [1]. Edgar Quinet [2], mêlant Herder à Chateaubriand, jugeant parfois très bien son temps et son parti, connaissant et pressentant l’Allemagne comme peu de Français ont fait, anticlérical et religieux, savant et poète, prophète par-dessus le tout et faiseur d’apocalypses, esprit large et intelligent, avec quelque chose d’incohérent et de nuageux, artiste insuffisant en dépit ou en raison des placages de sentiment ou de couleur par lesquels il croyait se donner un grand style, — Quinet n’a pas réussi à faire une œuvre : on peut lire ses Lettres.

L’Empire chassa Quinet et Michelet de leurs chaires, et bannit de l’enseignement l’éloquence polémique : ce ne fut pas, malheureusement, pour favoriser la science.


4. ORATEURS RELIGIEUX.


La restauration du catholicisme fut suivie d’un renouvellement de l’éloquence religieuse. Mais peut-être est-ce surtout la révolution littéraire qui donna l’essor aux orateurs chrétiens : le goût pseudoclassique leur retranchait tout l’essentiel de la religion, le surnaturel, le mystère et l’infini, toute la poésie aussi, le pittoresque séduisant, le pathétique prestigieux.

Comme Lamennais dans le livre, Lacordaire [3] à la tribune fut un

  1. Michelet fut nommé professeur au Collège de France en 1838 : son cours fut fermé en 1851.
  2. Biographie : E. Quinet (1803-1875), né à Bourg en Bresse, fut nommé en 1842 à la chaire de langues et littératures de l’Europe méridionale au Collège de France. Il la perdit au coup d’État et se retira en Suisse. Député en 1870 à l’Assemblée nationale.

    Éditions : Traduction des Idées sur la philosophie de l’histoire de Herder, 1827, 3 vol. in-8 ; Ahasverus, 1833, in-8 ; Napoléon, poème, 1836, in-8 ; Prométhée, 1838, in-8 ; Allemagne et Italie, 1839, 2 vol. in-8 ; Des Jésuites, 1843, in-18 (avec Michelet) ; Révolutions d’Italie, 1848, in-8 ; Œuvres complètes, in-8, 1857-1858, t. I-X ; 1870, t. XI ; 1877-79. t. XII-XXVIII ; le Livre de l’exilé, 1875, posthume ; Lettres d’exil, 4 vol. in-12, 1884-88. Cinquante ans d’amitié. Lettres de Quinet et de Michelet, 190). — Si l’on tenait compte de l’intelligence, de l’activité, de la générosité, plus que des réussites littéraires, Quinet mériterait une étude plus détaillée (11e éd.).

  3. Biographie : Henri-Dominique Lacordaire (1802-1861), originaire de la Côte-d’Or, commença en 1835 ses conférences de Notre-Dame (1835, 1843-1851). 11 se fit entendre aussi à Bordeaux, Grenoble, Nancy, Lyon, Toulon, etc. Député en 1848 ; académicien en 1860. Il mourut au collège de Sorèze, qu’il dirigeait. — Éditions : Œuvres complètes, 9 vol. in-8 et in-12, 1872-73 ; Correspondance inédite, 1870, in-8 ; Lettres à la Csse E. de la Tour du Pin, 1863, in-8 ; Lettres à des jeunes gens, publ. p. l’abbé Perreyve, in-8, 1862 ; Correspondance du P. Lacordaire et de Mme Swelchine, publ. p. M. de Falloux, 1864, in-8. — À consulter : d’Haussonville, Lacordaire, Hachette, in-16, 1895.